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SPOILERS SUR LA SAISON 8

En ces temps troublés, la madeleine de Proust télévisuelle est un réconfort plein d'avenir.

Dans cet esprit "série doudou", Netflix a ressuscité le show adoré de toute une génération, Gilmore Girls alors même qu'elle avait déjà bien vécue. Pour l'occasion, la créatrice et showrunneuse Amy Sherman-Palladino a écrit et réalisé chacun des 4 épisodes de ce revival saisonnier nommé A Year in The Life.

Inutile de bouder son plaisir à l'idée de retrouver Stars Hollow, cette bourgade magique qui donnerait à n'importe quel rat des villes l'envie irrépressible de tout plaquer pour poser ses valises, ne serait-ce qu'un week-end.

Car dans Gilmore Girls, la ville est sans doute l'un des plus beaux personnages avec celui d'Emily. Heureusement d'ailleurs qu'il y a tout le folklore et la sympathique agitation du village pour très joliment habiller ce qui n'est au final que du fan service.

Un luxueux fan service, cela dit, qui voit la reconvocation de toute une galerie de personnages savoureux, de tous les ex de Rory (Logan, Jess, Dean) à ceux de Lorelaï (Christopher, Jason, Luke évidemment) en passant par les figures de proue de la ville (Miss Patty, Taylor, Babette, Kirk...), les amies proches (Paris, Lane) et même Sookie alors que Melissa McCarthy est devenue une star depuis ses premiers pas dans le show.

Le grand absent est forcément le regretté Edward Hermann mais sa disparition sert justement de ressort dramatique et impacte directement Emily et Lorelaï en les aidant une fois de plus à redéfinir leur étrange relation.

 

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Alors oui, c'est rutilant, Stars Hollow ressort ses plus beaux atours au fur et à mesure des saisons, on en prend plein les mirettes, les références pop fusent et sont ultra mises à jour (on y trouve même Les Revenants français), les dialogues à rallonge font toujours autant d'effet mais niveau scénario, l'intrigue fait quand même gentiment du surplace.

Plus gênant encore, les héroïnes principales connaissent finalement peu d'évolution. A l'exception d'Emily dont le nouveau statut de veuve fait exploser la petite bulle dans laquelle elle vivait et lui permet de faire ses propres choix de façon éclairée, les Gilmore mère et fille stagnent.

Le pire étant le cas de Rory qui reste toutefois fidèle à elle-même : chiante à 16 ans, chiante à 32 ans. Sauf que pendant 7 saisons, Palladino and co nous ont bassinés sur le brillant avenir qui s'offrait à cette grosse tête. Alors oui, elle a fait son journalisme à Yale mais personnellement il nous a bien fallu les deux premiers épisodes pour comprendre ce qu'elle faisait vraiment comme job : pigiste, écrivain ? On ne sait pas trop.

Sur le fond, il n'est pas inintéressant d'avoir donné toutes les cartes au personnage et découvrir dans ce revival en forme de bilan que s'accomplir en tant qu'adulte n'est évident pour personne, même pour des femmes comme Rory qui partent avec un avantage social certain. Mais l'exécution et surtout l'incarnation mollassonne d'Alexis Bleidel plombent l'ensemble.

Non seulement, elle n'a pas trouvé sa voie professionnelle passant d'un article plébiscité à un livre sur sa propre vie (dans un effet méta un peu facile) mais elle est tout autant paumée sur le plan personnel : "en couple" avec un pauvre type qu'elle oublie (comme tout le monde), engagée avec un ex lui-même fiancé. Sans parler de son incapacité à se poser quelque part et son obsession à squatter les autres.

La série a beau être délicieusement décalée, même le téléspectateur le moins regardant commence à se poser des questions du genre "De quoi vit-elle ?". Son attitude de fausse working girl avec trois portables pour faire branché frise le ridicule. En un mot, Rory subit sa vie jusque dans les fameux 4 derniers mots qu'elle prononce.

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Ce n'est guère plus reluisant du côté de Lorelaï qui évite toutefois le côté soporifique de sa fille grâce à ce caractère pétillant (et fatiguant) qu'elle a toujours eu. Après bien des atermoiements, on peut considérer qu'elle a atteint avec succès les buts fixés en ouvrant sa propre auberge et en vivant une relation de couple stable (7 ans) avec Luke. Mais bon, rien ne vaut une petite crise de la cinquantaine.

Du coup, pour pimenter les choses, Palladino relance sa vieille guéguère avec sa mère à travers le décès du père. Et puisqu'il n'y a rien d'autre de vraiment problématique dans la vie de Lorelaï, et si elle décidait sur un coup de tête sorti de nulle part d'aller faire le trail de Reese Whiterspoon dans Wild, de remettre en cause son couple et/ou au choix d'agrandir son auberge en demandant les sous à Emily ? Faut bien occuper 4 épisodes d'1h30 chacun.

On l'aura compris, ce revival de Gilmore Girls fera certes terriblement plaisir aux fans de la première heure mais échoue dramatiquement (pour nous) dans son portrait des deux héroïnes. Si d'autres épisodes sont commandés comme le souhaitent la créatrice et Netflix, il est à souhaiter que la série soit retravaillée en ce sens.

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